Ce n'est pas l'alcool qui

Je dis : Je ne suis plus le même.

Elle demande : Es-tu encore le même ?

Elle ne voit pas que j'ai changé.

Est-ce que j'ai changé ?

 

Je dis : Ce n'est pas l'alcool qui tue

              C'est la vie à petite dose

              Qui s'infiltre, qui s'insinue

              Dans les méandres de la peau

 

Qui passe les plats, les petits fours ?

Les années ? Ah bon, on en redemande ?

En se disant à qui le tour

D'avoir le sourire de commande

Sur les photos, dans les dîners

Où les familles gèrent l'attente

En s'empiffrant de canapés,

En s'étouffant de pâte d'amande.

 

Je dis : Je ne sais pas mon âge.

Elle demande : Quel âge as-tu ?

Elle ne voit pas que je surnage

Pensant qui boira a bu.

 

Je dis : Ce n'est pas l'alcool qui tue

C'est la vie insidieusement

Qui s'ingénie, qui s'évertue

A nous rendre toujours moins vivants.

 

Qui aura la force du naufragé,

De l'égaré seul sur son île

A se croire unique rescapé

D'une espèce quasi inutile ?

Qui ne se jetterait pas à l'eau

Pour nager comme un forcené,

Pour nager jusqu'au point zéro

Où tout est à recommencer ?

 

Moi je resterais sur la grève

A attendre le dernier navire

Celui qui passe comme dans un rêve

Celui qui finalement chavire

 

Je dis : Je ne fais rien demain.

Elle demande : Que fais-tu demain ?

Je dis : Je ne vais nulle part.

Elle demande : On sort ce soir ?

Et elle ressemble à un écho

Perdu dans une chaîne stéréo.

 

Je pense : Ce n'est pas l'alcool qui tue

Ou juste un peu mon Capitaine

A la vie on s'y habitue

Mais pas aux jours de la semaine.

 

Ce n'est pas l'alcool qui tue

Ou presque pas mon camarade.

Entre les vices et la vertu

Il y a l'espace d'une rambarde

Où s'accrocher le coeur vaillant

Les mauvais jours de tempête

Quand le fond de verre est méchant

Et vous invite à faire la guerre.

 

Je dis : Je ne veux plus te voir.

Elle me commande une autre bière.

On dirait la fin d'une histoire

Sauf que le film passe à l'envers.

 

Je dis : Ce n'est pas l'alcool qui tue

C'est la vie et le remords

De ne rien en faire de plus

Que de l'emplir jusqu'à la mort.

 

Elle hausse un sourcil, une épaule,

A l'air d'une parfaite étrangère

Et ce bistrot devient le pôle

Où dériveraient deux icebergs.

J'insiste en crachant sur la table

Des mots, de l'ivresse et du vent.

Alors la voilà qui s'éloigne,

C'est la vie obstinément.

 

Moi je resterais sur la grève

A attendre le dernier navire,

Attendant jusqu'à ce que je crève

Ou que finalement je chavire

 

Ce n'est pas l'alcool qui tue

C'est la vie à petite dose

Ce n'est pas l'alcool qui tue

C'est la vie insidieusement

Ce n'est pas l'alcool qui tue

Ou juste un peu mon Capitaine

Ce n'est pas l'alcool qui tue

C'est la vie.

29 nov 2005 (tous droits réservés)

Texte inspiré par les chansons de Miossec.

 

 

 

 

 



Article ajouté le 2008-04-08 , consulté 30 fois

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