Le monde est ouvert
Et nous voici entrés
Comme on pénètre dans une eau froide
Dans une nouvelle ère bien avancée
Un nouveau siècle périssable
Interchangeable et réchauffé
Efficace et biodégradable
A boire en piquettes rationnées
A bouffer en produits jetables
Le monde est ouvert
Et on nous sert ce soir
Pour nous contenter de misères
Des strass, des paillettes, de la gloire
Quelques démences passagères
Des démangeaisons urticantes
On souffrira bien d'autres guerres
Et sûrement des plus dérangeantes
Et nous voici portés
A connaître un destin
Ou bien une fatalité
Mon vieux, on ne crèvera pas de faim
On habite un joli pays
Dans un continent merveilleux
C'est du bonheur à l'infini
On mourra obèse et heureux
Le monde est ouvert
Et on nous sert ce soir
De l'artefact en pleine lumière
Et des ersatz dérisoires
Quelques mélos pour mettre autour
Des parures clinquantes et fanées
De l'eau acide dans nos amours
A boire cul sec sans recracher
Et nous voici usés
A nous voir à travers
C'est de la laine modifiée
Sur des corps en fibre de verre
Des épouvantails décharnés
Ces bâtons comme points de repère
Résistants, profonds, bien plantés
Dans les entrailles de l'enfer
Le monde est ouvert
Et on nous sert ce soir
Pour tous glaçons des icebergs
Et pour réconfort des rasoirs
Des mots doux sur des ordonnances
Du sommeil en petites pilules
Des vols léthargiques en silence
Des vies déviées de somnambules
Le monde est ouvert
Et on nous sert ce soir
Pour prix de la dernière
Des blagues et tout le grand bazar
Des rires pointus comme des scalpels
Des têtes coupées, des bruits de gorge
Des adieux comme des rappels
Des miaulements de chats qu'on dévore
Le monde est ouvert
Et on nous sert ce soir
Un dernier tour de manivelle
Un dernier hommage au hasard
Une sorte de conscience partagée
Décalée de quelques secondes
Un rien ou une éternité
Un état de veille dans un songe
16 oct 2005 (tous droits réservés)

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