Vodka 407
J'errais dans des villes grises à l'heure où les chats volent ; j'entrais dans des bars pauvres, des caves comme de vieilles pommes, moisies jusqu'au trognon.
Des hommes se décousaient, enfilaient bière sur bière, et les canettes roulaient à terre comme leurs maîtres ivres morts.
Le sol tangait, la mer était agitée.
Les drapeaux dansaient dans le vent.
Je commandais toujours les mêmes mots.
Pouah !
J'entendais les respirations des types cochons qui hantaient ces murs où l'alcool traînait des relants de trop plein des nuits mélangées.
Le sol tangait, la mer était agitée.
Le néon me verdissait.
Je maudissais ces cadavres sous mes pieds. Je trébuchais et tombais.
Le parquet grinçait alors que je me rattrapais au bastingage. Dans ce bastringue, les gens puent et les vieilles cocottes caquettent fort.
Le sol tangait, la mer était agitée.
Les femmes étaient froissées et leurs robes déchirées.
On parle du mauvais temps, du temps qui passe, du temps des morts, tout en crachotant des misères dans le verre du voisin.
La musique est amère comme les cerises et les olives, naufragées de bateaux migraineux.
Le sol tangait, la mer était agitée.
Mais Dieu protège les enfants et les ivrognes. Les cailloux sont hors de leur portée. Les lfleurs aussi, les fleurs aussi.
Et la mer bouge, la mer roule, la mer se couche comme une femme amoureuse.
La mer enrobe les galets de son sel.
Ses larmes noient le soleil.
La mer râle ; la mer sourit aux noyés.
Au fond les algues flottent folles
Mais la mer meurt aussi. Alors le sol tangue à ses côtés, berçant les ivrognes et les enfants.
09.08.1997 (tous droits réservés)
Le poème "Whisky 406" est un écho à ce texte. A découvrir si l'envie vous en prend...

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