Etranger
Voici ma ville.
Entrent la pluie et le vent
Balaient balaient
Le sol et la poussière
Les traces
Et les éclats de verre
Des fenêtres de ma ville
Comme des tessons, des diamants de misère
Des étoiles éclatées arrachées à la nuit.
Voici ma ville.
Entrent la pluie et le vent
L'eau plus tard
Pour laver les visages
Des vieillards et des mères
Au bas des murs de pierre
Des ruines de ma ville
Des vieillards comme des tessons
Des mères, des larmes affûtées
Des étoiles égarées arrachées à la nuit.
Voici mon pays.
Moi sous le pin parasol
Et le soleil toujours
Quoiqu'il pleuve
Sous les cèdres parapluies
La pluie et le vent
Balaient balaient
Même l'ombre bienveillante.
Voici mon pays.
Vois ces quelques miettes
Sous ce ciel transpercé de mitrailles
C'est la fin
Et c'est le bruit qui enfle sous le sable
Qui gonfle les fleuves d'or
Qui souffle sur mon pays qui brûle
C'est la fièvre.
Voici ma maison.
Entrent la pluie et le vent
Balaient balaient
Ce qu'il reste de moi
Des traces dans la poussière
De la poussière dans les mains
Sur les yeux, dans la bouche
Et ce fleuve dans la gorge
Qui enfle sous le sable
Qui gonfle les fleuves morts
Qui souffle sur mon pays en flammes
C'est la rage.
Voici ma maison.
Sous le pin parasol
Sous le cèdre transpercé de mitrailles
Entrent la pluie et le vent
Balaient balaient
Ceux qui ont toujours faim
Ceux qui sont assoiffés
Ceux qui avaient et qui n'ont plus
Ceux qui ont tenu jusqu'à ce que.
Car voici ma maison,
Simple écharde dans la main qui égorge.
Entrent la pluie et le vent
Etranger prends un siège
Et sers le thé entre tes doigts, brûlant
Car voici ma ville,
A peine entaille sur la face du monde.
Entrent la pluie et le vent
Etranger remonte ses ruelles
Et bois le thé entre tes lèvres sèches
Car voici mon pays,
Ventre béant et ses entrailles aux chiens.
Entrent la pluie et le vent
Etranger maintenant que tu as vu
Creuse la terre avec tes ongles propres
Jusqu'à trouver la porte de ma maison
Car voici ma porte
Debout.
Et voici ma fenêtre
Ouverte.
Voici mes murs
Solides et blancs.
Voici ma famille et mes rêves
Les mêmes que les tiens.
Voici mon jardin
Sous le ciel étoilé
Juste avant qu'il ne tombe
Sur ma maison, ma ville et mon pays.
Alors entrent la pluie et le vent
Balaient balaient
Les traces et la poussière
Le sol
Les étoiles, ce sont du verre pilé arraché à la nuit.
(Tous droits réservés)
Illustration du poème "Etranger" - main, pin, thé et visage - tampons gravés et encre de Chine

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